Ultras, Joey et rififi (Première partie)

Ça fait une semaine que je suis revenu de vacances, et ça fait une semaine qu’on me parle non-stop de l’affaire (le mot est gros) Ultras – Joey Saputo. On va donc utiliser le format « en 5 questions » pour expliquer le tout.

Mise en situation : je suis l’un des cofondateurs des Ultras Montréal, et j’ai été pendant dix ans l’un des leaders du groupe. Ça m’a permis d’être aux premières loges pour les relations avec le club, et à assister à plusieurs rencontres avec le staff de l’Impact, dont quelques-unes avec Joey Saputo. 2011 est ma première année en tant que supporter indépendant, toujours dans le kop (la section supporter). Dans cette chronique, comme dans toutes les autres, je parle uniquement en mon nom.


 

1. Euh… les Ultras, c’est quoi ça?
On va commencer par le début, puisque beaucoup de gens ne connaissent pas les Ultras. Les Ultras (UM02) sont un groupe de supporters qui sont au stade depuis 2002, et qui supportent le club comme on le voit ailleurs au monde : debout, en chantant, avec drapeaux, tambours, écharpes, pyros, etc.

Le groupe a toujours été indépendant, et, dix ans plus tard, fait désormais partie des meubles au Stade Saputo (ils ont une section désignée sans bancs). La culture supporter (et ultra) dicte que le club appartient aux partisans, et que les dirigeants sont donc responsables face à leurs fans. Tout ça, et l’apathie à laquelle l’Impact a traditionnellement fait face, fait en sorte que les Ultras, en plus d’être les plus fervents spectateurs, sont aussi les plus fervents critiques. Quand ça va mal, il faut dire quelque chose!

 

Les "faux supporters absents" lors du match du 6 août

2. Que s’est-il passé?
Et donc voilà, ça va mal au club montréalais. À sa dernière année avant l’ascension en MLS, le club est en passe de réaliser sa pire saison de l’histoire. Depuis 1993, jamais le club n’a gagné moins de 10 matches, et avec 4 petites victoires (en 21 matches) et 7 matches à jouer, il faudrait un renversement époustouflant pour atteindre ce plateau. Heureusement, les séries ne sont qu’à 7 points, et donc tout n’est pas perdu. Le club avait promis une grande saison, avec des joueurs en mode « audition » pour la MLS, mais la chimie n’a jamais pris, les joueurs ne jouent pas et le coach, Marc Dos Santos, a quitté en pleine saison.

Au creux de la vague, les Ultras ont sorti à plusieurs matches des bannières visant le directeur technique (sorte de DG) du club, Nick De Santis, avec des slogans comme « Dictateur technique », « Tous à bord du Titanick », etc. Suite à des commentaires de De Santis à la radio les accusant de ne pas être de « vrais supporters », les UM ont décidé de quitter le stade au début du match du 6 août, laissant derrière eux une bannière qui lisait « Faux supporters absents ». S’ensuit une entrevue TRÈS maladroite du président, Joey Saputo, à la mi-temps sur Radio-Canada.

Dans les jours qui ont suivi, sous la loupe des médias montréalais (ça prenait bien un scandale…), le président a dû s’expliquer dans une lettre ouverte et à la télé dans un exercice de relations publiques, tandis que les UM ont fait de même avec une lettre sur leur site, et par le biais de Pascal Milano (Cyberpresse).

 

Photo: Cyberpresse

3. Pourquoi s’acharner sur Nick De Santis?
Chez les supporters, l’argument est simple : Nick De Santis n’est pas l’homme de la situation, point. Encore moins à l’aube de la MLS. En plus d’avoir un caractère bouillant, qui a chassé plus d’un joueur et d’un coach de Montréal, il faut dire que son recrutement, qui doit être la force d’un bon DG au foot, est déficient. Depuis qu’il a pris les rennes comme « boss » en 2004 (le problème ne date pas d’hier), beaucoup trop de joueurs sont passés par Montréal – des stars de notre ligue qui perdaient tous leurs moyens une fois arrivés (étrange, non?), ou encore des internationaux sortis de nulle part et repartis tout aussi vite. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article de Milano à ce sujet.

En arrivant en MLS, on se doit d’avoir en poste quelqu’un qui connaît la ligue et les joueurs – et on a choisi comme prochain entraîneur Jesse Marsch. C’est quelqu’un qui est proche de la MLS depuis ses tout débuts, en 1996. Donc, si le prochain entraîneur choisira les joueurs (puisqu’il les connaît beaucoup mieux), la responsabilité de recrutement de De Santis diminue. Et donc son rôle de DG prend moins d’importance.

Cela lui laisse le rôle de directeur technique, qui supervise le club au complet, et, surtout, la formation de jeunes – pierre angulaire du foot (parlez-en au Barça…). Mais voilà, c’est un poste très technique (le nom le dit), et De Santis n’a ni l’expérience de haut niveau, ni les diplômes (comme un Dos Santos) pour ce poste. Je me tenterais à dire qu’il ne pourrait décrocher un rôle de DT dans tout autre club professionnel – donc est-il qualifié pour occuper le poste ici?

 

La suite jeudi dans la deuxième partie – Pourquoi Joey Saputo a-t-il agi ainsi et à quoi s’attendre à l’avenir.

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