Ultras, Nick, Joey et rififi (Deuxième partie)

Mise en situation : je suis l’un des cofondateurs des Ultras Montréal, et j’ai été pendant dix ans l’un des leaders du groupe. Ça m’a permis d’être aux premières loges pour les relations avec le club, et à assister à plusieurs rencontres avec le staff de l’Impact, dont quelques-unes avec Joey Saputo. 2011 est ma première année en tant que supporter indépendant, toujours dans le kop (la section supporter). Dans cette chronique, comme dans toutes les autres, je parle uniquement en mon nom.

Ceci est la deuxième partie de l’article. Vous pouvez trouver la première ici.


Photo: Pépé

4. Pourquoi Saputo a-t-il réagi ainsi?
On a fait la comparaison avec la fameuse sortie de Gainey lorsque Brisebois se faisait huer, mais le scénario ici est un peu plus complexe. D’abord, il faut comprendre la proximité entre Joey et les Ultras.

Depuis une décennie, ils se côtoient, se rencontrent, se croisent… et s’affrontent à distance. Saputo est quelqu’un qui aime tout contrôler de son club – je le sais par observation, et par ce qu’on entend en 10 ans d’anciens joueurs, d’employés et de journalistes.

Les UM n’ont jamais cadré dans cette philosophie de contrôle, alors que l’Impact se voulait un « club familial » (billets à rabais aux jeunes), et tout était rose pour les médias et les Montréalais. On n’analysait pas trop les matches, et donc on ne posait pas de questions; on gobait que le Centre Claude-Robillard accueillait 11 000 par match alors qu’il n’y a que 6 600 sièges (et pas 5 000 sur la pelouse…), et on ne critiquait jamais, mais jamais le travail accompli par l’équipe technique.

Si les « fous » étaient trop gossants au stade ou en ligne, on versait dans la petite répression, à coup d’interventions musclées de gardes de sécurité, d’interdiction de drapeaux ou de mise en demeure à un site de fan qui osait (!) utiliser le logo du club en petit sur la page d’accueil. Tout ça cultivait une culture d’affrontement et d’intimidation qui a même donné lieu à un garde de sécurité qui menace de mort les Ultras sur Facebook – ce n’est pas peu dire! Et c’est ce genre d’attitude de « c’est MON club et on fait ça à MA façon » qui fait en sorte que Saputo s’est permis de cracher sur les UM à la télé nationale.

Ce n’était pas la première fois : déjà en 2007, il les traitait de hooligans.

Et voilà que, au milieu de cette saison partie solidement en couille, les Ultras (re)prennent comme cible ouverte son protégé, Nick De Santis. Les deux hommes ont à peu près le même âge, ont grandi ensemble dans le club depuis 20 ans, et ont tout deux une personnalité assez forte. En plus, c’est des hommes de famille connus pour leur féroce loyauté. Donc ne s’attaque pas à un membre de la famille qui veut. Les bannières ont frappé « close to home » et Saputo a agi comme il le fait souvent, avec peut-être un peu trop d’émotion (parlez-en aux poubelles floridiennes).

 

5. Qu’est-ce qui nous attend pour 2012?

Heureusement, l’Impact est désormais un club professionnel dans les bureaux comme sur le terrain, et la tempête s’est calmée. Le président a invité les UM à rencontrer le nouvel entraîneur autour de bières et pizzas, et le supposé venin s’est un peu estompé. Depuis 2-3 ans, les relations entre les Ultras et le club ont été assez cordiales, avec les deux partis bénéficiant de l’autre. Les drapeaux ont un local au stade, et on retrouve dans le kop une échelle pour le capo, le leader au mégaphone.

Du côté de l’Impact, on sait que la MLS planche sur les supporters pour vendre son produit, et il sait que c’est avec une bonne atmosphère que les gens voudront leur billet l’an prochain. Une relation forte entre le club et ses supporters est essentielle pour la MLS, alors que le nombre de groupes et de supporters actifs est appelé à croître.

Mais, comme on l’a vu, ce n’est pas personnel – Nick De Santis ne sera pas plus qualifié (et même MOINS qualifié vu l’ascension en MLS) l’an prochain. Lors du dernier match, des détenteurs de billets de saison de longue date, sans relation aux supporters organisés, dévoilaient une bannière à leur tour qui demandait du changement (« Directeur technique en MLS : PANICK »).

Mais Saputo se doit de garder De Santis jusqu’à la fin de la saison. D’abord parce que s’il le renvoie (ou, plutôt, s’il le tasse) d’ici la fin de la saison, il n’y aura pas de coach, et pas assez de temps pour changer quoi que ce soit. Mais surtout pour ne pas avoir l’air de se faire dicter quoi faire. C’est important pour sa crédibilité et son autorité à long terme.

Une fois la saison terminée, un remaniement technique tout en douceur serait de mise, avec une position moins importante pour De Santis. On essayera par la suite de garder le souvenir de lui plus pour ses trois championnats (comme joueur, entraîneur et DT) que pour des mauvais transferts et une mini-crise qui aura enfin réveillé les médias montréalais.

Ze moment : la sortie du stade des Ultras telle que vue à la télé

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Socrates (@SocratesMTL) a comme un feeling qu’on va faire les séries et arriver pas mal fort…

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