Billet d’humeur – Le Kop enchaîné

Me revoilà aussi fringant qu’un Barton des grands jours qui tacle tout ce qui bouge (get up, you, stupid cunt!)  et aussi loquace qu’un Cantona qui veut qu’on retire notre argent des banques. Je reviendrai à mes bases : culture, humeur, humour, culture, histoire, foot, beaucoup de foot et Impact quand le sujet ne tombera pas dans l’envie de remplir la vacuité qui se doit d’être vacuité parce que ça me fait chier de voir des journalistes parler des mêmes nouvelles pendant une semaine. Bon, est-ce qu’on doit mettre Di Vaio seul en pointe ou non? Laissez faire… Mon twitter et soyez heureux d’avoir un club d’une rare et  grande classe à Montréal. Sur ce, éduquez-vous, prenez position et demandez l’impossible.

P.S : j’écrirai et je tiendrai une nouvelle série d’articles sous peu. Malade! 

Qu’est-ce qu’un Kop? À la base, c’était le surnom que les partisans du Liverpool FC avaient octroyé aux estrades situées en arrière d’un des deux buts que les partisans les plus fanatiques occupaient, en mémoire de la bataille de Spion Kop lors de la Seconde Guerre des Boers. En raison de la prolifération de l’expression, c’est devenu au fil du temps l’appellation populaire pour désigner la tribune qu’un groupe de supporteurs actifs occupe lors d’une rencontre.

Les Ultras Montréal 2002 n’y font pas exception. Depuis 2002, avec un départ pénible, mais empli d’espoir, ils ont su gagner un respect que l’Impact n’a pas toujours eu l’amabilité de prodiguer à des gens qui avaient une vision marginale du sport pour le Québécois moyen et l’entreprise sportive montréalaise. Ils chantent, sautent, célèbrent et souffrent pendant 90 minutes pour une seule passion, pour trois couleurs, pour une équipe sportive. Tous ceux qui entravent leur mission se verront poliment prier de discuter avec eux pour comprendre les raisons de leur mécontentement.

Or, grand ta tare la plus substantielle s’avère à être l’organisation, les frictions deviennent régulières et souvent inévitablement. Les UM02 ne veulent cependant pas créer de vagues inutiles : ces partisans veulent tout simplement vibrer au rythme du soccer montréalais… Mais quand il manifeste un peu trop bruyant leur désarroi et leur frustration à l’endroit d’une organisation qui peut faire des choix discutables, autant au niveau de la gestion sportive que financière et qui ignorent à l’occasion ses supporteurs lors de la prise de décisions influant directement leur existence, ces derniers ne se gêneront pas pour revendiquer le droit à leur club, à leur appartenance, au sentiment intrinsèque de défendre une culture, un mode de vie, une passion qui naît et qui meurt avec soi, un héritage légué par deux générations de gens qui avaient l’espoir plein la gorge d’amertume et d’envie de péter la gueule d’un système souvent défectueux.

Une ferveur qui découle tacitement de mœurs politiques et sociales qui ne sont pas à vendre et qui ne sont pas plus à acheter. Elles se transmettent sempiternellement de père en fils et se bâtissent avec la « première fois ». Le premier instant où un partisan pose son pied, tout jeune, dans le stade qui a fait vibrer ses ancêtres, son grand-père, son père… qui a fait pleurer toute une ville pour ses triomphes et ses défaites, ses buts d’anthologie, ses performances d’ultras déchaînées…

Le soccer moderne ne comprend pas ce principe. Les joueurs sont des marchandises qu’on échange comme des actions, contre une somme qui est calculée en fonction du profit que ces derniers occasionneront en produits dérivés, en championnats, qui sont de plus en plus purement commerciaux. Les droits de télévision sont astronomiques et accentuent sans cesse les clivages entre les clubs, en fonction de la popularité que ton club engendre. L’histoire? Aux oubliettes. On la ballait du revers de la main, le tout parachevé par des propriétaires aux poches sans fond qui font l’apologie du capitaliste en s’offrant et en abhorrant pratiquement instantanément, selon l’humeur, les joueurs, les entraîneurs, les commanditaires et les stades composant leur joujou.. Tout est en mouvement, sans substrat, tout change, pour faire subsister cette nouvelle conception du soccer américanisé devenu marchandise qu’on vend, qu’on achète. Le soccer n’est pas à vendre, câlice! On veut susciter l’intérêt du client pour l’inciter à acheter un billet, un maillot, un toutou à l’effigie d’une formation dont il n’a aucun lien d’appartenance, mis à part celui d’avoir le droit de vanter les mérites de la meilleure équipe du moment. Et on la change quand le maillot du voisin a davantage de style que le nôtre, quand la nouvelle vedette du moment atterrit dans une autre enceinte sans histoire… Qu’est-ce que vous faites de l’odeur âcre de la bière, de la pisse laissée sur les terraces qui ont émulé des générations de supporteurs, de joueurs, de légendes? Qu’est-ce que vous en faites, hein!? Répondez! Les gens assimilent de plus en plus l’idée de soccer comme d’un divertissement hebdomadaire et puéril où des personnes se font allégrement payer pour démontrer leurs talents dans un cadre uniquement ludique basé sur le simple plaisir de taper dans une gonfle. Non, c’est une culture, c’est un véhicule d’honnêteté prolétaire qui en marre de notre société corrompue.

L’imbroglio et les chicanes sporadiques entre les Ultras Montréal 2002 et la direction de l’Impact de Montréal sont donc simplement la pointe de l’iceberg qui cache tout un fléau rongeant de la culture soccer qui va bientôt imploser sous nos yeux incrédules. En fait, cette relation ressemble à une des plus idylliques que le soccer pourrait offrir en ce moment à des ultras. Joey Saputo est là pour Montréal, pour le sport, pour faire raisonner la Ville aux cent clochers partout dans le monde. La tension de l’ordre des idéaux et de la conception d’un sport de plus en plus morcelé fait ainsi partie d’une relation saine que les ultras indépendants et son propriétaire fortuné vont entretenir au 21e siècle.

Doit-on pour autant le laisser diriger d’une main de fer son jouet, sous prétexte qu’il fait plaisir aux clients payants? Comme Éric, membre notoire des Ultras Montréal 2002, le croit, il faut « que les supporteurs se développent une mentalité de propriétaire, tout en s’appropriant leur club avec l’idée qu’il leur appartiendra pour toujours. » L’avenir est dans le partisan qui va suivre sa formation pour toujours, dans l’argent qu’il va déposer chaque saison pour le maintien de son équipe, dans la culture « supporteur » qu’il va dédier à ses enfants. La foule est l’équipe et inversement. Cette nouvelle mentalité à tendance capitaliste, qui envahit de plus en plus le soccer telle une peste destructrice de souvenirs, n’a d’autre choix que d’être renversée pour préserver ce patrimoine sportif mondial. Cette peste despotique est déjà en marche en France avec le plan Leproux et le PSG qatari, dans l’Angleterre des grandes ligues sous le joug d’un Richard III composé par des hommes d’affaires blasés par leur propre oseille, dans l’Espagne croulant sous les dettes d’une culture de la gagne que ses géants doivent préserver à tout prix et bientôt dans la MLS, qui doit uniquement son succès aux Timbers, à Seattle et à Montréal.

Or, est-ce réaliste de penser qu’elle freinera sa course effrénée pour finalement disparaître?

Le stade est séparé en trois : la classe ouvrière, la classe moyenne et les gens plus aisés. Le prolétariat et la classe aisée vont camper leur position, leurs idéaux. Il reste désormais la classe moyenne. Seule sait si le Kop sera délivré, lui, prisonnier d’une guerre politique dont il était le héros et dont il est désormais le dissident.

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